« Apprentissage de la mémoire ! »

Présentation

« Un jour, j’en suis parti, parce qu’il fallait que j’en parte, et j’espère qu’un jour,
   je pourrais me retourner sur mon parcours d’oiseau migrateur et soupirer :
                                               « j’ai quand même réussi ma foutue traversée de la vie ! »

Parti de son pays d’origine, une ancienne colonie allemande placée sous protectorat français après la première guerre
mondiale, pays qu’il nomme par Amour et par dépit « TiBrava » (allusion à une composition de Duke Ellington, Togo Brava
Suite), le narrateur s’exile à Bordeaux, puis à Chicago, Chicago où il lui semble se perdre...
Pensant faire un jour, un bilan positif de sa foutue vie d’exilé, il commence par établir le bilan de sa vie d’artiste.
Survient, alors, Bill son copain bouquiniste de « Broadway Avenue », lui offrant son unique exemplaire du livre de George
Orwell : « Dans la dèche à Paris et à Londres », et le briffant sur les stratagèmes de quelques illustres prédécesseurs
dans le dur métier d’écrire et de vivre…
L’apprenti écrivain revient donc à Bordeaux où il s’installe pour écrire et vivre !
Avec le temps, il s’aperçoit qu’aucun pays n’est nôtre :
                        que toutes les terres nous sont données ;
                        que seules les frontières font croire aux gens qu’ils sont loin de chez eux !

« Apprentissage de la mémoire » de Kangni Alem.
Une pièce de théâtre qui est le cri d’un immigré, lancé dans le brouillard de Chicago, du lit  e la Garonne, du marigot de
« TiBrava » ! du moins par sa mémoire.
Un monologue qui dénonce : révolte, accusation, désespérance, déception, qui dévoile par la dérision et l’absurde,
la tyrannie qui accable nombre de pays africains au lendemain des indépendances !

« Il nous est arrivé, ne serait-ce qu’une fois, dans notre vie d’Homme : d’Artiste, de ne plus savoir quelle voie suivre,
de douter de tout, de nous remettre en questions sur notre parcours, notamment, sur celui de l’Artiste que nous avons
parcouru jusque-là.
Puis, quelqu’un, un ami, une connaissance, nous émet une idée à laquelle on s’y attend le moins, à laquelle on n’y croit guère,
puis cette idée mûrit, et comble une vie… »

Qui d’autre qu’un Artiste immigré comprendrait mieux un autre Artiste immigré ?

Avec l’accord de l’auteur, je revisite « Apprentissage de la mémoire ! »
Je prête, alors, une autre chronologie au récit. Annihilant les effets visuels prévus par les indications scéniques, j’accorde
une importance particulière aux effets sonores.
 

Le personnage du monologue « l'Homme » se double, se dédouble faisant appel à « Sa Mémoire » ;
qui fait apparaître tous les personnages qu'il évoque...

D’où un spectacle « d'un artiste interprète »  donnant vie aux personnages de cette pièce !
Ainsi, dans une atmosphère de rythme bâtard ponctué d’expression corporelles, mime...
« La Mémoire » accompli, aisément, son « Apprentissage » passant, subtilement, d’une sphère à l’autre, convainquant
le public d’aller de Bordeaux à Chicago via Paris, Cotonou, Accra, Lomé, et de Chicago à Bordeaux ! Bordeaux
d’où il entame et réussi le bilan de sa foutue traversée de la vie bien assis sur le crâne d’un négrier…

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